Marketplace : découvrez le projet imaginé par Anne Roumanoff

La comédienne Anne Roumanoff présente La Place du Spectacle, son concept de marketplace, au fil de cette conférence lors de la Paris Retail Week 2018.

Anne Roumanoff nous parle de sa marketplace

Une marketplace est un outil multi vendeur qui se compose d’une partie back-office pour chacun des vendeurs, et d’une partie acheteur. Il peut s’agir d’une plateforme BtoB, BtoC ou encore CtoC, donc l’encaissement pour compte de tiers est géré par des prestataires spécialisés. Au cours de cette conférence, Anne Roumanoff présente son expérience.

Quel est le projet d’Anne Roumanoff ?

 

Anne Roumanoff travaille depuis 30 ans dans le secteur du spectacle vivant. Dans ce milieu, lorsque l’on recherche un prestataire, on utilise son réseau pour se faire conseiller des noms. L’idée de la comédienne était de présenter une sélection de prestataires et de proposer des prix à l’avance.

En effet, le spectacle vivant est un marché fragmenté qui manque de transparence. Certains artistes gagnent beaucoup d’argent et d’autres beaucoup moins. C’est pourquoi les prestataires se montrent souvent réticents à annoncer leurs prix. Ils sont ainsi en mesure de travailler dix fois moins cher pour un artiste émergent que pour un artiste très connu. Le concept de marketplace permet d’afficher clairement ces tarifs et de compenser les manques de transparence.

Le projet de marketplace imaginé par Anne Roumanoff a mis quelques mois à se mettre en place, entre janvier et mai 2018. Cette période a notamment inclus une phase d’apprentissage, notamment en termes de négociation avec les prestataires. Pour la comédienne, cette période a parfois pu s’avérer relativement compliquée, car discuter d’argent amène au conflit. La négociation des prix était problématique pour ses interlocuteurs.

Cependant, après avoir convaincu un ou deux prestataires, les autres ont commencé à venir d’eux-mêmes pour chaque catégorie de métier. Par exemple, les premiers avocats spécialisés du spectacle contactés ont proposé des prix très élevés et n’ont pas souhaité entamer un dialogue de négociation. Jusqu’à ce qu’un avocat de 30 ans de métier comprenne le concept et accepte de revoir ses propositions à la baisse. D’autres professionnels ont alors suivi.

Il en fut de même pour les metteurs en scène, qui se sont progressivement manifestés après l’adhésion de quelques professionnels de renom.

À quels impératifs doit répondre une marketplace ?

 

Un certain nombre d’éléments doivent être pris en considération afin d’assurer la stabilité et la fiabilité d’une telle plateforme :

  • Garantie de fiabilité : le bouche-à-oreille est une assurance de sérieux dans le milieu du spectacle, mais pour les prestataires venant d’eux-mêmes, une responsabilité morale s’impose à la marketplace. Si un prestataire n’est pas compétent, il doit être retiré de la plateforme immédiatement.
  • Conception : avant le codage du site, un travail en amont doit être effectué pour définir les codes graphiques, les catégories et l’ergonomie.
  • Communication : dans le milieu du spectacle, les cibles n’ont pas l’habitude de se rendre sur Internet pour bénéficier de ce genre de service. Par ailleurs, il existe un risque fort que les prestataires soient directement contactés au lieu d’être joints va la plateforme.
  • Effet « side project » : la comédienne a continué d’exercer son activité principale tout en développant sa nouvelle activité sur le côté. Elle a donc dû faire face à un travail intensif qu’elle n’aurait peut-être pas entrepris si elle avait été au courant au préalable.

Par ailleurs, la plateforme s’est heurtée à un certain nombre de défections à l’issue de négociations parfois relativement longues, en raison des quelques démarches administratives à effectuer (photocopie de pièce d’identité, présentation de numéro de Siret, etc.). À titre d’illustration, l’éclairagiste de David Guetta était prêt pour l’ouverture et proposait des prix intéressants pour des chanteurs émergents. Mais l’aspect administratif ne l’a fait finaliser son intégration qu’au terme de quatre mois.

Les opportunités offertes par ce type de plateforme

 

Le plus long à réaliser, au cours de ce projet de marketplace, était la description de certaines prestations. En effet, dans le monde du spectacle certaines prestations sont subjectives et presque immatérielles. Un musicien doit par exemple décrire combien de temps il met afin de concevoir ses musiques, ainsi que le nombre de révisions autorisées de son œuvre.

Par ailleurs, de nombreux professionnels de ce milieu effectuent régulièrement des tâches de manière gratuite. Par exemple, dans le milieu de la billetterie, un prestataire peut donner des conseils bénévolement sur la tarification de tel ou tel spectacle. Mais grâce à une marketplace, ils sont en mesure de proposer un tarif de consultation et de facturer même à prix minime des prestations effectuées pour rendre service.

Autre exemple, les « show doctors » à l’image de Pascal Legitimus, qui donne régulièrement et gratuitement des conseils à de jeunes metteurs en scène. Grâce à une telle plateforme, un metteur en scène de renom peut ainsi se faire commander des conseils et des analyses de spectacles.

Pour mettre en place La Place du Spectacle , Anne Roumanoff s’est appuyée sur une équipe restreinte issue de sa société de production. Une fois le site lancé, les équipes avaient tendance à penser que le concept prospérerait de lui-même.

Mais son succès impose en réalité d’intégrer constamment de nouveaux prestataires, car la taille de l’offre est la clé d’une marketplace réussie. Si l’on choisit Uber pour un VTC, c’est parce qu’on attend moins longtemps pour en bénéficier. Si l’on choisit Airbnb pour ses voyages, c’est parce qu’on y trouve la plus grande offre d’appartements ou de maisons.

Si le concept de marketplace atteint le domaine du spectacle, c’est parce qu’il apparaît progressivement dans toutes les catégories de métier. Il s’agit d’une nouvelle forme de vente mise à disposition des professionnels comme des particuliers.

Intervenants :